Soberana 1 n’est pas le fruit du hasard

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La priorité accordée depuis le début de la Révolution au progrès scientifique, avec un accent sur la formation d’un capital humain hautement qualifié et la création de centres de recherche dans différentes branches du savoir, ont été des prémisses indispensables pour que Cuba fasse son entrée dans le secteur prometteur de la biotechnologie dans les années 80

Soberana 1 est actuellement au stade d’essais cliniques et il est possible qu’avant la fin de l’année, Cuba ait au moins deux autres candidats vaccins testés sur des humains.

La priorité accordée depuis le début de la Révolution au progrès scientifique, avec un accent sur la formation d’un capital humain hautement qualifié et la création de centres de recherche dans différentes branches du savoir, ont été des prémisses indispensables pour que Cuba fasse son entrée dans le secteur prometteur de la biotechnologie dans les années 80, presque au même moment où cette industrie émergeait dans un petit groupe de pays technologiquement plus avancés.

À ce sujet, Granma s’est entretenu avec le Dr ès sciences Eduardo Martinez Diaz, président du groupe BioCubaFarma, qui a partagé son point de vue sur les principaux résultats obtenus par nos scientifiques dans le domaine de la production de vaccins au cours des 30 dernières années, qui ont abouti à la mise au point de Soberana 1.

« Cuba possède une solide expérience dans le développement et la production de vaccins. Aujourd’hui, l’industrie biopharmaceutique nationale fabrique huit des onze vaccins inclus dans le programme élargi d’immunisation. »

Ceci rend possible une couverture vaccinale nationale de plus de 98%, avec un impact significatif sur l’éradication de plusieurs maladies infectieuses et la réduction du taux d’incidence d’autres pathologies.

Comme le fait remarquer le Dr Eduardo Martinez, le vaccin antiméningococcique BC, mis au point par l’Institut Finlay à la fin des années 1980 sous la direction de la Dr Concepción Campa Huergo, fut le premier de ce genre au monde pour contrer la méningite de type B.

Breveté par les scientifiques cubains, ce vaccin a reçu la Médaille d’Or de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (ompi). Son utilisation dans le contexte national depuis les années 1990 a permis de réduire considérablement l’incidence de la maladie et de la maintenir sous contrôle.

« Le vaccin recombinant contre l’hépatite b, développé par une équipe de scientifiques du Centre de génie génétique et de biotechnologie (cigb), dirigée par le Dr ès sciences Luis Herrera Martinez, constitue sans aucun doute une autre contribution importante. En plus de réduire considérablement la présence de cette maladie à Cuba, depuis 2000 aucun cas d’enfant de moins de cinq ans infecté par le virus de l’hépatite b n’a été signalé.

« Aujourd’hui, la totalité de la population jusqu’à 40 ans est immunisée contre cette maladie, qui cause environ un million de décès par an dans le monde. C’est le premier vaccin à avoir été certifié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Amérique latine et dans les Caraïbes, et nous pourrions devenir l’un des premiers pays à éradiquer cette infection virale. »

Parmi d’autres grandes réalisations dans ce domaine, le Dr Eduardo Martinez a également mentionné le vaccin contre l’haemophilus influenzae de type B, mis au point par une équipe de scientifiques de l’Université de La Havane conduite par le Dr Vicente Vérez Bencomo, en collaboration avec des chercheurs de plusieurs institutions du secteur de la biotechnologie.

« Sa nouveauté réside dans le fait que c’est le premier vaccin à usage humain, dont l’antigène est produit par synthèse chimique, et à avoir obtenu la certification de l’oms, condition nécessaire pour pouvoir en assurer la livraison aux agences de l’onu. »

Il est également important de souligner la production du vaccin pentavalent contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B et l’haemophilus influenzae de type B, le deuxième mis au point dans le monde et le premier produit par un pays d’Amérique latine et des Caraïbes, a-t-il indiqué.

« Nos vaccins jouissent d’un prestige international, comme en témoigne le fait que des centaines de millions de doses produites à Cuba ont été distribuées dans plus d’une quarantaine de pays. »

Toute l’expérience accumulée par les institutions cubaines nous a permis d’agir rapidement et de mettre au point le premier candidat vaccin contre la covid-19, actuellement au stade d’évaluation clinique chez l’être humain, et d’autres en phase avancée d’études précliniques, a précisé le Dr Martinez Diaz.

Comment les travaux ont-ils été organisés à BioCubaFarma en vue de cet important projet de vaccin ?

– Depuis l’apparition de l’épidémie en Chine, nous avons rapidement pensé à un vaccin. En fait, notre Centre de recherche et de développement sino-cubain à Yonzhov, dans la province de Hunang, a présenté un plan de développement d’un vaccin.

Le projet est axé notamment sur la recherche d’un vaccin universel efficace contre le coronavirus, et pas seulement contre le sars-cov-2. Après approbation, ce projet a reçu des fonds pour sa mise en œuvre en Chine.

Le coronavirus étant passé au stade de pandémie, nous avons immédiatement activé les commissions des conseils scientifiques de l’Institut Finlay des vaccins et du Centre de génie génétique et de biotechnologie, des institutions qui ont une solide expérience dans le développement et la production de vaccins.

Par ailleurs, nous avons créé un groupe de travail qui comprend un noyau d’institutions de BioCubaFarma, dont le Centre d’immunologie moléculaire (cim), le Centre national de biopreparations (BioCen), le Centre d’essais immunologiques (cie) et le Centre national de production d’animaux de laboratoire (Cenpalab). Ils apporteront tous leur contribution à ces travaux, qui ont reçu un soutien particulier du ministère de la Santé publique, notamment du Centre de contrôle des médicaments, des équipements et des dispositifs médicaux (Cecmed).

La stratégie a consisté à concevoir plusieurs variantes basées sur nos propres plateformes technologiques. Le travail a été intense et, logiquement, certains projets ont été écartés en cours de route et d’autres ont obtenu de très bons résultats.

L’un de ces projets est Soberana 1, actuellement en cours d’essais cliniques. D’ici la fin de 2020, nous aurons très probablement au moins deux autres candidats vaccins testés sur l’être humain.

Étant donné que les candidats vaccins utilisent différentes plateformes technologiques, qui ne sont pas concurrentes en termes de capacités de production, cela nous permettrait, en peu de temps, de disposer des quantités nécessaires de vaccins pour immuniser toute notre population et de les mettre également à la disposition des pays qui en ont besoin.

Le développement de plusieurs variantes de vaccins vise également à les positionner à des âges différents, c’est-à-dire qu’un vaccin pour enfants peut être différent de celui que nous utilisons pour les adultes et, chez les adultes, nous pouvons faire la différence entre les personnes de plus de 60 ans, dont nous savons qu’elles ont besoin d’un vaccin plus puissant pour atteindre les niveaux d’immunité nécessaires à la protection contre le virus.

Le défi, lancé par le président Miguel Diaz-Canel, d’assurer notre souveraineté en produisant notre propre vaccin et de le fabriquer rapidement, a mobilisé nos scientifiques et nos technologues. Nous avons travaillé intensément et étroitement unis, avec intelligence, et nous allons relever ce défi, qui n’est autre que servir notre peuple, comme nous l’ont demandé Fidel et Raul.

http://fr.granma.cu/cuba/2020-10-20/soberana-1-nest-pas-le-fruit-du-hasard

A propos de l'auteur

La science au service de l’économie

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