Prix Nobel pour les médecins cubains attendu depuis longtemps

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Par Shannon Ebrahim

Il reste peu de gens dans le monde qui ne font pas les choses pour de l’argent ou pour un profit personnel, mais pour la joie de sauver la vie de quelqu’un et atteindre ceux qui ont le plus besoin d’aide. Habituellement, ce désintéressement appartient à ceux qui sont dans le royaume des anges, mais par expérience, j’ai vu de tels êtres humains travailler dans notre pays.

Ils sont dans nos zones rurales éloignées, et aident les personnes les plus pauvres de notre population pour peu de gains financiers. Ils vivent dans nos communautés, apprennent nos langues, travaillent en première ligne avec nos patients positifs à la Covid 19, laissant leurs enfants en bas âge à plus de 12000 km, pour rester ici aussi longtemps que l’Afrique du Sud le nécessite. Ce sont les 400 médecins de la Brigade Médicale Cubaine Henry Reeve que le gouvernement a accepté de nominer au Prix Nobel de la Paix cette année.

Bien sûr, il y a ceux qui ont critiqué la reconnaissance et ont fait de la politique avec. La vérité est qu’ils n’apprécient pas du tout ce que ces samaritains des côtes lointaines ont sacrifié pour être ici, le risque qu’ils courent chaque jour pour leur propre vie et combien notre pays a bénéficié de leur présence. Tous les Sud-Africains devraient saluer le travail accompli par les médecins cubains au cours des neuf derniers mois et les remercier de leur contribution remarquable à notre lutte contre le coronavirus.

Reconnaître l’altruisme des médecins cubains n’enlève rien au travail remarquable et inlassable de nos professionnels de la santé avec lesquels les médecins cubains ont travaillé et qui sont nos héros nationaux dans l’une des plus grandes batailles que l’Afrique du Sud démocratique ait menées. Chaque pays a ses propres travailleurs de la santé incroyablement dévoués qui mettent quotidiennement leur vie en danger pour sauver la vie de leurs compatriotes.

Ce qui est rare avec la Brigade Henry Reeve, c’est que ces jeunes médecins, la plupart âgés autour de 43 ans ou moins, ont consacré leur vie à sauver les personnes victimes des pandémies et de situations d’ urgences sanitaires les plus mortelles à travers le monde. Parmi les médecins cubains présents en Afrique du Sud, 121 ont effectué des missions dans 32 pays, y compris des épidémies graves, et 16 % d’entre eux ont effectué trois missions médicales de ce genre ou plus.Ce sont des médecins avec une vocation très particulière et une vision du monde difficiles à concevoir. Pour eux, il s’agit de faire quelque chose pour aider l’humanité, c’est pour cela que leur ancien président, Fidel Castro, a créé la brigade. Ce ne sont pas des « esclaves » comme certains médias de droite ont essayé de les dépeindre. Ils choisissent d’appartenir à cette Brigade Médicale et sont payés pour leur travail avec assez pour rentrer chez eux avec des économies, mais ils ne gagnent certainement pas beaucoup d’argent en s’occupant de la misère des autres, et à chaque jour qui passe, ils pourraient devenir eux-mêmes les victimes – du Ebola, des virus Zika, Dengue ou de la Covid-19.

Lorsque la Brigade Henry Reeve est arrivée en Afrique du Sud l’année dernière pour la Journée de la Liberté, j’ai longuement interviewé l’un de ses jeunes médecins, le Dr. Hernan Zaldivar, qui allait être déployé au Kwazulu-Natal, dans une zone pauvre où la plupart des médecins sud-africains avaient choisit de ne pas travailler.

Ce qui m’étonne, c’est que neuf mois après son déploiement initial, il n’est pas moins plein rempli d’enthousiasme, de dévouement et d’amour pour le travail qu’il accomplit, même s’il a vécu l’une des périodes les plus sombres quand, au plus fort de ce virus, son hôpital rural voyait chaque jour un ou deux de ses patients mourir. On aurait pu s’attendre à ce que neuf mois d’un tel traumatisme ait de lourds effets sur lui et qu’il soit impatient de retourner à Cuba avec sa femme et ses deux enfants de quatre et sept ans, mais il dit qu’il restera aussi longtemps que le pays aura besoin de lui.

« Ma récompense est de voir le sourire sur le visage de mon patient quand il est sort de l’hôpital guéri du virus alors qu’ il était certain qu’il allait mourir. Une femme était gravement malade et, pendant 20 jours, nous avons passé de longues heures à la soigner, à répondre à tous ses besoins et à lui dire qu’elle s’en sortirait. « Le jour où elle est partie, elle n’a pas pu me prendre dans ses bras, mais elle m’a pris les mains et m’a regardé dans les yeux et m’a dit qu’elle savait que Dieu m’avait envoyé vers elle et qu’elle me devait la vie ».

Cette joie indescriptible est toute la récompense dont le Dr. Zalduvar a besoin. Interrogé sur le fait que notre président ait nominé son équipe pour le prix Nobel de la paix, il a dit : « Je suis honoré par la nomination, mais si nous ne l’obtenons pas, cela ne changera rien, parce que ce que nous faisons, c’est uniquement pour les patients « .

La compassion et l’expérience de Zaldivar ne sont pas perdues dans la communauté d’Amajuba dans laquelle il vit. Ses patients, collègues et amis de la communauté l’appellent Nkosinathi, qui en zoulou signifie « Dieu est avec nous ». Le fait qu’il ait fait des efforts pour apprendre le zoulou l’a également fait aimer par ceux avec qui il travaille, mais il leur parle aussi en anglais ou demande l’aide d’un traducteur pour ceux qui ne parlent pas anglais.

Lorsqu’il a fêté son anniversaire le 17 janvier, Zaldívar a reçu d’innombrables vœux d’anniversaire de la part de membres de la communauté, de ses collègues de l’hôpital et de la clinique, dont beaucoup sont devenus des amis personnels. Ses patients sont peut-être les plus reconnaissants pour le travail qu’il fait. Zaldivar dit qu’il traite chacun d’eux comme s’il était de sa famille.

Réfléchissant à ce que signifie le travail de la Brigade Henry Reeve de manière plus globale, Zaldívar dit : « Certains pays envoient leurs militaires au-delà de leurs frontières, mais Cuba envoie des médecins ».La brigade est inspirée par l’internationalisme révolutionnaire de Fidel Castro qui leur avait dit : « Si vous n’êtes pas en mesure d’aider les autres, alors vous ne pouvez pas vous aider vous-même. »C’est la plus grande injustice que, malgré ce que Cuba donne constamment au monde, elle soit restée soumise à 60 ans de sanctions impitoyables imposées par les Etats-Unis, qui infligent des amendes de plusieurs millions de dollars à ceux qui tentent de commercer avec la nation insulaire ou de lui fournir des fournitures de base. Pendant des années, les médecins cubains n’ont pas pu obtenir les médicaments et le matériel dont ils ont tant besoin, et ils ont dû persévérer sans eux. Lorsque des épidémies de méningite et d’hépatite ont éclaté à Cuba, d’autres pays n’ont pas apporté leur aide et n’ont pas mis fin à l’embargo économique étouffant.

Il est grand temps que la communauté internationale reconnaisse la contribution de Cuba à la santé mondiale et le travail courageux que la Brigade Henry Reeve a entrepris pour sauver des vies dans les épidémies les plus dangereuses dans le monde. C’est cette règle d’Ubuntu* dont le monde a plus que jamais besoin. Shannon Ebrahim est rédactrice sud-africaine pour Independent Media.* Ubuntu est une règle éthique sud-africaine axée sur la loyauté des personnes et les relations entre elles. Le mot vient des langues zoulou et Xhosa. Ubuntu est considéré comme un concept africain traditionnel.

Traduction : Rose-Marie LOU pour Cubalinda

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