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Les descendants des acolytes de Batista prétendent être « indemnisés » en vertu de la Loi Helms-Burton

Lorsque le dictateur Fulgencio Batista décida de fuir Cuba, une grande partie de ses principaux acolytes suivirent le même chemin. Il voyageait avec plus d’une vingtaine de valises

Fulgencio Batista était l’actionnaire majoritaire de Cubana de Aviación S.A. grâce aux tours de passe-passe financiers. L’autre partie des actions était détenue par ses proches collaborateurs. Photo: Granma Archive

LORSQUE le dictateur Fulgencio Batista décida de fuir Cuba, une grande partie de ses principaux acolytes suivirent le même chemin. Il voyageait avec plus d’une vingtaine de valises. Il monta dans l’avion avec un gros bagage cabine qu’il serrait nerveusement contre sa poitrine. C’étaient des dollars, et Batista, qui était de nature méfiante, se tenait prêt à parer à toute éventualité. Il savait très bien que les passagers qui l’accompagnaient étaient des individus de la pire espèce et connaissait leurs magouilles dans les affaires troubles.

L’argent lui avait été remis par ses plus proches collaborateurs, dont Andrés Domingo et Morales del Castillo, Secrétaire de la présidence ; José López Vilaboy et Manuel Pérez Benitoa, bien que ce dernier se trouvait déjà à New York depuis fin décembre après y avoir emmené les enfants de Batista et 43 millions de dollars qui furent déposés sur le compte du dictateur. Soit dit en passant, on raconte qu’il crédita 42 et empocha un million.

Lopez Vilaboy ne put retenir de place dans les avions qui décollèrent avec les proches collaborateurs du dictateur, si bien qu’il alla trouver refuge le même jour à l’ambassade du Guatemala à La Havane.

Par les temps qui courent où l’administration de Donald Trump – en vertu du Titre III de la Loi Helms-Burton – a l’intention, entre autres, d’attribuer le droit de réclamation à ceux qui n’étaient pas des citoyens de ce pays, l’on voit émerger sur la scène publique un personnage connu sous le nom de José Ramon Lopez, qui prétend être le fils de l’homme d’affaires cubain José Lopez Vilaboy, et demande une compensation pour les propriétés présumées de son père avant 1959, à savoir : l’aéroport de Rancho Boyeros (l’Aéroport international José Marti de La Havane), la Compagnie aérienne Cubana de Aviación, et l’Hôtel Colina et d’autres immeubles.

Il est donc utile de rappeler comment le ministère de la Récupération des biens détournés a agi dans ces cas. C’était l’organisme chargé de traiter toutes les questions relatives aux nationalisations et aux confiscations des biens, entre autres missions.

Dans le cas de M. José A. Lopez Vilaboy, 27 dossiers à charge furent ouverts, tant à son encontre qu’à celle son épouse, pour enrichissement illicite, ainsi que contre 15 autres personnes qui apparaissent comme des hommes de paille dans des entreprises et des commerces dans lesquelles il aurait eu des parts.

TENTATIVES DE MASQUER LA CORRUPTION ET ILLÉGALITÉ

Afin de masquer, voire « légaliser » les opérations financières frauduleuses, la clique de Batista s’assurait les services du cabinet d’avocats Pérez Benitoa, Lamar y Otero, dont la nuée de corbeaux judiciaires était chargée de blanchir les fonds de la corruption. Les trois avocats associés étaient liés par des liens de parenté avec la famille de Batista ou avec des politiciens de confiance.

En ce qui concerne Cubana de Aviación, elle est qualifiée dans l’ouvrage de Guillermo Jiménez Soler Las Empresas de Cuba, 1958, de « compagnie d’aviation de passagers et de fret, évaluée à 22 millions, avec 796 travailleurs et ses bureaux sis à l’angle des rues 23 et O, Vedado, La Havane ». Elle possédait des capitaux privés et publics cubains, la Banque de développement économique et social (Bandes) en était le principal propriétaire et avait Fulgencio Batista comme principal actionnaire.

En raison des combinaisons politiciennes et des magouilles financières, une autre partie des actions était aux mains d’entités contrôlées par les acolytes de Batista ou favorisées par son régime, et le syndicat de la Fédération aérienne détenait elle aussi des actions.

« La Bandes en devint propriétaire à la fin de 1958 en transformant en bons de souscription d’actions les prêts accordés pour sa réhabilitation, d’un montant de 11 millions, qui comprenaient la participation que la Banque pour le développement agricole et industriel (Banfaic) détenait depuis 1955, que la premier avait remplacée comme prêteur et actionnaire », est-il précisé dans l’ouvrage.

Plus des deux tiers de ses capitaux privés appartenaient également à Fulgencio Batista par l’intermédiaire de Inmobiliaria Rocar S.A., Compañía », apparemment détenue par Andrés Domingo Morales del Castillo et Manuel Pérez Benitoa, auxquels les actions avaient été progressivement transférées par José López Vilaboy, deuxième actionnaire, complice qui excellait dans les trompe-l’oeil politiques et les tripotages financiers

Les actions privées étaient réparties entre 200 000 actions communes, dont 68 021 étaient contrôlées par l’Union immobilière des constructions S.A., avec Vilaboy à sa tête, et le reste entre 200 autres actionnaires, dont Luis G. Mendoza et Compagnie, Jorge Barroso, Julio B. Forcade et autres. Ses vice-présidents étaient José M. Casanova Soto, José M. Garrigo Artigas, tous deux actionnaires, et son secrétaire était le docteur Antonio Pérez Benitoa.Fernandez, qui avait été mariée à Mirtha Batista Godinez, fille du premier mariage de Fulgencio Batista.

Lorsque les fonctionnaires, les experts commerciaux et les auditeurs du ministère de la Récupération des biens détournés terminèrent leur travail, il est apparu que José Lopez Vilaboy n’était pas l’homme d’affaires avisé et visionnaire qu’il prétendait être, mais un retors businessman au service du président Fulgencio Batista. C’est pourquoi le journal Revolución publia en première page, le 3 février 1960, une information avec le titre suivant : « Les propriétés de Vilaboy et ses acolytes ont été confisquées ». On annonçait ainsi que la compagnie aérienne cubaine, l’aéroport de Rancho Boyeros, l’Hôtel Colina et de nombreuses autres propriétés passaient aux mains de l’État.

L’article de presse précisait que le ministère de la Récupération des biens détournés avait confisqué tous les biens de José Lopez Vilaboy, passible de poursuites pour corruption dans 27 dossiers, notamment pour enrichissement illicite sous la protection de l’autorité publique. Son épouse, Carmen Bagur Peñalver, faisait également l’objet de plusieurs enquêtes pour enrichissement illicite, de même que 15 autres personnes qui apparaissent comme hommes de paille dans plusieurs entreprises et commerces interlopes.

Parmi les biens confisqués à Vilaboy et à d’autres individus opérant dans une totale opacité et des

structures offshore se trouvaient, en outre, 51% de la cafétéria de l’aéroport et la moitié de son parking, le journal Mañana, la station Radio aeropuerto, le quartier résidentiel Mañana, le bail de la localité Tejar Mañana, la moitié de la société Développement et tourisme, de Cienfuegos – propriétaire du précieux Hôtel Jagua – et une résidence estimée à plus de 20 000 pesos, située dans le quartier havanais du Vedado, au N° 1255 de la rue 17.

Une autre propriété de Vilaboy transférée au patrimoine de l’État fut la Banque hispano-cubaine (Banco Hispano Cubano), qui fut placée sous le contrôle de la Banque nationale de Cuba.

LES BIENS FURENT RESTITUÉS À LEURS VRAIS PROPRIÉTAIRES : LE PEUPLE

Les propriétés mal acquises de Vilaboy furent transformées en services destinés à la population, sous le contrôle des organismes du nouvel Etat : Cubana de Aviación, l’aéroport de La Havane et son parking furent confiés au ministère des Transports ; le journal Mañana au ministère des Communications, le quartier et la résidence au Vedado à l’Institut national du logement ; l’Hôtel Colina, l’Hôtel Jagua et la cafétéria de l’aéroport à l’Institut national du Tourisme (INIT) ; la Fabrique d’allumettes passa sous la tutelle de l’Institut national de la Réforme agraire (INRA) et Tejar Mañana fut transféré au ministère des Travaux publics.

Il fut également ordonné d’annuler les bons, hypothèques ou prêts apparus en faveur d’une quinzaine de personnes. Il fut précisé au ministère de la Récupération que seulement 51 % de la cafétéria de l’aéroport, enregistré comme propriété de Vilaboy, serait confisquée, M. Elpidio Pizarro étant reconnu comme le propriétaire légitime des 49 % restants.

Concernant le parking de l’aéroport, seule la moitié fut confisquée, le reste appartenant légalement à deux autres personnes. Pour ce qui est du quartier Mañana, seules les mensualités impayées des maisons vendues furent transférées à l’État sans que la confiscation n’affecte les personnes s’étant acquittées de leurs échéances. Le ministère de la Récupération délivra des titres de propriété aux personnes ayant effectué leurs paiements et qui n’avaient pas encore le titre de propriété en leur possession.

Comme il fut démontré, Vilaboy était impliqué dans de nombreuses affaires troubles. Cet homme était un vrai profiteur du système. Batista prêta dix millions et demi de pesos, qui seraient remboursés avec l’argent épargné par les taxes « remises » et pour les « affaires » de l’aéroport, ils firent chanter l’ancienne propriétaire, lui faisant croire que lui et Batista le feraient déplacer ailleurs.

Ainsi, l’entreprise se vit contrainte de vendre, de payer un peu plus d’un million de pesos et, pour l’améliorer, le Bandes octroya un crédit de plus de quatre millions, une somme qui n’a pas encore été remboursée.

Ce n’est là qu’une des centaines de dossiers qui furent traités par le ministère de la Récupération des biens détournés, conformément à la loi, et que cherchent à présent à ignorer ceux qui n’ont jamais pensé ni ne penseront – comme leurs prédécesseurs – aux intérêts du peuple cubain.

A propos de l'auteur

La science au service de l’économie

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