Droits de l’Homme aux États-Unis et à Cuba : Parlons-en !

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Cuba a ouvert des discussions avec les États-Unis sur les droits de l’homme, la semaine dernière, en rappelant que les États-Unis ne sont pas un modèle pour les autres nations. Les Cubains ont cité entre autres « la discrimination et le racisme dans la société américaine, l’aggravation des brutalités policières, les actes de torture et les exécutions extrajudiciaires dans la lutte contre le terrorisme et la situation de vide juridique des prisonniers du camp de la prison étasunienne de Guantanamo. »

La présence de Cuba sur la liste des pays terroristes établie par les Etats-Unis est un moyen de faire respecter le blocus américain contre Cuba.

bloqueoA tour de rôle, les médias qui ne cessent de mentir à propos de Cuba, racontent que la réunion du 31 Mars entre les États-Unis et Cuba sur les droits de l’homme, serait gênante pour Cuba. La propagande américaine a constamment matraqué que Cuba violait les droits humains de ses citoyens et emprisonnait des personnes simplement pour fait de dissidence politique. Mais, au contraire, c’est le sujet même des droits de l’homme qui donne l’occasion d’exposer la réalité dans les deux pays.

Pas d’annonces majeures ont émergé de la rencontre, le premier dialogue formel entre les pays sur les droits de l’homme depuis que le président américain Barack Obama et le président cubain Raul Castro ont annoncé le 17 Décembre 2014 qu’ils cherchaient à rétablir les liens diplomatiques.

Toutefois, le chef de la délégation cubaine aux pourparlers, Pedro Luis Pedroso a dit : « Nous avons exprimé nos préoccupations concernant les modes de discrimination et le racisme dans la société américaine, l’aggravation de la brutalité de la police, les actes de torture et d’exécutions extrajudiciaires dans la lutte contre le terrorisme et les formes juridiques floues des prisonniers dans le camp de la prison américaine de Guantanamo ». Lors d’une conférence de presse à Washington, le directeur général adjoint pour les affaires multilatérales et du droit international au ministère cubain des Affaires étrangères a déclaré que la délégation de l’île avait également mis en avant sa préoccupation au sujet de la limitation des droits du travail et des libertés syndicales. »

Certains d’entre nous qui travaillent dans le mouvement de solidarité avec Cuba, estiment que c’est aussi une fenêtre d’opportunité pour informer et soulever les questions des incarcérations de masse des États-Unis, de l’épidémie de meurtres de la police et du sort des prisonniers politiques comme le combattant de la liberté Leonard Peltier de l’American Indian Movement et du journaliste révolutionnaire noir Mumia Abu Jamal. Actuellement Mumia lutte pour sa vie en raison d’une exécution extrajudiciaire impitoyable à travers une faute médicale soutenue par l’État.

Contrairement aux États-Unis, l’éducation, la santé, l’emploi ou les droits humains à Cuba ne sont pas un privilège.

Pendant trois mois, Mumia a montré des signes de diabète. Il a été examiné par les médecins de la prison à plusieurs reprises. Son sang a été prélevé trois fois en Février seulement, mais le diabète n’a pas été diagnostiqué jusqu’à ce qu’il a dû être transporté dans un hôpital extérieur après s’être évanoui dans la prison avec un taux de sucre dans le sang près du niveau du coma diabétique. Deux jours après, il était renvoyé dans la même prison, gardé par ceux-là même qui l’ont amené aux portes de la mort.
Il est compréhensible que les membres de la famille et tous ceux qui le soutiennent estiment que c’est une tentative consciente de procéder à une exécution extra-judiciaire par négligence médicale. À tout le moins, cela témoigne du traitement inadéquat et inhumain des personnes âgées incarcérées.

Seulement l’hypocrisie audacieuse du gouvernement américain en général et de Barak Obama en particulier, c’est de miser sur l’interprétation peu crédible de Cuba parce que « connu comme violeur des droits de l’homme » et sur le fait que c’est un sujet à aborder plus tard lors des négociations sur la normalisation des relations, tout en pratiquant un sanglant mépris pour la vie humaine, ici et ailleurs.

Compte tenu de la corrélation entre les droits humains et la justice économique, une comparaison entre Cuba et les États-Unis révèle de plus grands contrastes encore. Contrairement aux États-Unis, à Cuba, dans l’éducation, la santé, l’emploi ou les droits humains, il n’y a pas de privilèges. Cuba fournit une éducation gratuite, de la maternelle jusqu’au niveau universitaire, et la santé pour tous ses citoyens est entièrement gratuite. A Cuba révolutionnaire pas un emprisonné ne subirait ce à quoi Mumia Abu Jamal est actuellement confronté.

Qui sont les «dissidents» à Cuba ?

Il faut une sorte d’éducation aux médias et de l’information contextuelle pour déconstruire les nouvelles de la presse ainsi que la propagande du gouvernement américain. Un rapport de Reuters sur les pourparlers dit, « Les Etats-Unis ont pressé Cuba pour améliorer les conditions des droits humains sur l’île communiste et s’inquiètent, en particulier, de l’emprisonnement de dissidents et de militants politiques et du traitement des prisonniers politiques … Cuba a répondu à Washington qu’il ne tolérera pas d’ingérence dans ses affaires intérieures et a demandé que les États-Unis cessent de soutenir les dissidents « .

Les États-Unis ne reconnaissent pas, ni la presse d’ailleurs, l’existence de prisonniers politiques étatsuniens qui, certainement, ne sont pas à l’abri des conditions notoirement inhumaines d’autres prisonniers. En fait, ils sont souvent traités plus mal, enfermés en cellule d’isolement (aka le trou), une pratique étrangère à Cuba, selon une délégation de travailleurs sociaux des États-Unis qui a visité les prisons de l’île.

Si l’on n’est pas prudent, cependant, il peut être facile d’oublier la déclaration, rapportée par Reuters, que Cuba « ne tolérera aucune ingérence dans ses affaires intérieures et a demandé que les États-Unis cessent de soutenir les dissidents. »

Cela devrait amener la question : qui sont ces «dissidents» et comment les Etats-Unis les soutiennent ?

Cuba a des préoccupations de sécurité nationale très valables qu’aucun pays ne peut tout simplement se prévaloir.

Un document déclassifié datant d’Octobre 1961 rédigé par l’inspecteur général de la CIA, Lyman Kirkpatrick, «L’histoire du Projet cubain (US) commence en 1959» en souligne les aspects fondamentaux :

a) Formation d’une organisation cubaine en exil … pour diriger les activités de l’opposition et fournir une couverture pour les opérations de l’Agence.
b) Développement d’une propagande offensive au nom de l’opposition.
c) Création à l’intérieur de Cuba d’une agence de renseignements clandestine et d’un appareil d’action pour répondre aux demandes de la direction de l’organisation en exil.
d) Développement hors de Cuba d’une petite force paramilitaire destinée à être introduite à Cuba pour organiser, former et diriger des groupes de résistance.

Ces activités restent en vigueur aujourd’hui sous le titre « Programme Cuba », en complément de l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Cela signifie que Cuba a des préoccupations de sécurité nationale très valables ce qu’aucun autre pays ne peut tout simplement se prévaloir.

En réponse à ces attaques, Cuba a promulgué des lois spécifiquement conçues pour préserver ses citoyens de la nocivité de la loi américaine dite Helms-Burton, immorale et condamnée internationalement. La loi Helms-Burton (The Cuban Liberty and Democratic Solidarity – Libertad – Loi de 1996) renforce et étend l’application territoriale de l’embargo initial US, en le transformant en blocus – un acte de guerre – contre Cuba et incite les ressortissants cubains à commettre une trahison en se prétendant dissidents politiques tout en diffusant des informations fausses et trompeuses permettant aux États-Unis de justifier le blocus.

En 2003 Cuba a arrêté plusieurs de ses citoyens sur ces accusations. Le gouvernement américain et les medias ont utilisé ces arrestations pour accuser Cuba de « réprimer la dissidence » en dépit d’une impressionnante et très détaillée Conférence de presse tenue à Cuba le 9 Avril 2003 pour lutter contre la désinformation et les mensonges propagés par l’impérialisme américain.
Des décennies d’utilisation par les États-Unis d’une combinaison d’efforts internes de déstabilisation de l’île et de son vaste appareil de propagande internationale, a généré du scepticisme sur les droits de l’homme à Cuba. Mais ce sont aussi les informations de base étasuniennes qui peuvent nous donner un fond plus précis et nous permettre de comprendre.

Une note de service de 1994 envoyée par Joseph Sullivan, ancien chef de la Section des intérêts américains à La Havane, à l’ancien secrétaire d’Etat, Warren Christopher, à la Central Intelligence Agency CIA) et au Service de l’immigration et de la naturalisation (INS), examine les difficultés rencontrées pour trouver des cas légitimes de violations des droits de l’homme à Cuba. La note de service a été transmise aux Cubains par des «mains amies», et a été distribuée par Cuba aux Etats membres de l’Organisation des Nations Unies le 2 Mars 1994 afin de fournir des preuves des contorsions intentionnelles du gouvernement américain sur la situation des droits de l’homme à Cuba pour justifier sa politique d’agression.
« Certains ressortissants cubains se posent en dissidents politiques tout en diffusant des informations fausses et trompeuses au nom des États-Unis pour justifier le blocus. »
La note va même jusqu’à admettre, même après que la Section des intérêts américains à La Havane ait assoupli ses conditions pour que plus de cubains puissent se qualifier « dissident politique », que l’on pourrait les classer au mieux dans la case « asile économique ».

L’hypocrisie des États-Unis lorsqu’il s’agit de ses accusations contre Cuba est des plus étonnantes. Ils incluent même Cuba dans sa liste des « Etats soutenant le terrorisme », après que les États-Unis ont pratiqué et soutenu des décennies de terrorisme contre Cuba. Ce qui a conduit Cuba à envoyer 5 cubains en mission aux USA. Les 5 Cubains ont infiltré les groupes d’extrême-droite d’exilés cubains violents, basés à Miami, et devaient trouver des moyens non violents pour mettre fin ou contrecarrer leurs plans de terrorisme. Au lieu d’arrêter les terroristes, les États-Unis ont arrêté les 5 cubains. Les trois derniers qui étaient encore emprisonnés en Décembre ont été libérés dans le cadre du premier geste dans la normalisation des relations entre les deux pays. Il est important que la désignation de Cuba sur la liste du terrorisme par les Etats-Unis ne soit ni sous-estimée ni considérée inoffensive, quoique fausse accusation. La désignation est un moyen de faire respecter le blocus américain contre Cuba. C’est un moyen de dénier à d’autres pays d’accorder des crédits dans le système bancaire des EU et international. Il oblige le pays à faire des transactions en espèces, ce qui est pratiquement impossible pour n’importe quel gouvernement dans l’économie mondiale et en fait un fardeau pour sa mission diplomatique aux États-Unis qui doit mener à bien les fonctions normales du consulat ou de l’ambassade.

Il est clair que les intérêts américains dans la normalisation des relations ne sont pas un changement de cœur ou l’abandon de leurs intentions de saper la révolution cubaine. Peu importe, c’est un développement bienvenu. À tout le moins, il nous donne à tous l’occasion de placer les dossiers de ces deux pays côte à côte et de demander: « S’il vous plait, que le vrai violeur des droits de l’homme se lève! »

Netfa Freeman est depuis longtemps panafricaniste, militant des droits de l’homme, basé à Washington DC, travaillant à l’Institut d’études politiques et est co-animateur / producteur pour Voix Avec Vision sur WPFW 89,3 FM.

par Netfa Freeman 08/04/2015, traduction Michel Taupin

A propos de l'auteur

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