Washington impose des sanctions inédites contre la procureure de la CPI

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Les Etats-Unis ont inventé un outil de domination extrêmement efficace : l’extraterritorialité. Il s’agit d’imposer des sanctions aux étrangers qui ne respecteraient pas les lois américaines. Généralement, ce sont des entreprises qui sont visées : celles qui ne respectent pas l’embargo contre Cuba ou celui contre l’Iran, par exemple. Et tous ceux qui font des affaires avec ces entreprises sont menacés du même sort. Cette pratique, soupçonnée de favoriser les entreprises américaines au détriment de leurs concurrents, est très contestée en Europe.

L’administration Trump a franchi un palier supplémentaire, en inscrivant sur sa liste noire les noms de la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) et d’un directeur de la même juridiction, qui siège à La Haye, aux Pays-Bas. La CPI a été créée en 2002 pour poursuivre les auteurs de crime de guerre et de crimes contre l’humanité ; les Etats-Unis – comme une douzaine d’autres pays – n’ont pas ratifié le Statut de Rome fondant la CPI et ne cessent de la critiquer.

Ce qui est reproché à Fatou Bensouda et Phakiso Mochochoko ? D’enquêter sur d’éventuels crimes commis en Afghanistan, et particulièrement des exactions qui auraient été commises par des soldats américains ou par la CIA. Intolérable pour Donald Trump.

Un scandale qui doit être dénoncé

Fatou Bensouda, juriste gambienne, est depuis quelque temps dans la mire de la droite dure américaine. En avril 2019, alors que l’ouverture de l’enquête était en discussion, le gouvernement l’a interdite de visa. Désormais, ses avoirs aux Etats-Unis, si elle en a, peuvent être gelés. Par ailleurs, « tout individu ou entité qui continuera à assister matériellement » la procureure « s’expose également à des sanctions ». Il en est de même concernant Phakiso Mochochoko. Pour Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, la CPI est de toute façon une « institution complètement malade et corrompue » qui cherche « illégalement » à soumettre des Américains à sa juridiction.

Cette situation extravagante est parfaitement scandaleuse et tous les chefs d’Etat et de gouvernement du monde devraient, à l’instar de la CPI, la condamner fermement. Elle conduit à traiter comme des terroristes deux responsables réputés d’une institution judiciaire internationale dont la tâche n’est déjà pas facile, à saper l’autorité de cette dernière et le système judiciaire international, à mépriser les victimes des crimes qui font l’objet de ces enquêtes.

En 2019, l’occupant de la Maison-Blanche a déjà gracié plusieurs militaires américains condamnés, par la justice américaine, pour des meurtres de civils en Afghanistan. De même que des policiers américains qui tirent sept balles dans le dos d’un passant ne font, selon lui, que des « erreurs », des militaires qui torturent ou qui tuent des civils restent quoi qu’il arrive des héros. Ils doivent jouir de l’impunité. Dans son esprit, la justice, qu’elle soit américaine ou internationale, n’a pas à remettre en cause ce dogme.

https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/vu-de-la-maison-blanche-mieux-vaut-%C3%AAtre-un-tortionnaire-am%C3%A9ricain-quun-juge-p%C3%A9nal-international/ar-BB18G40p

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