Cuba : ¡que viva la Revolución !

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Dimanche 26 juillet 1953, 5h du matin, Santiago de Cuba.

Vers l’est, une vague clarté annonce l’aurore. Il fait déjà presque chaud.

Dans la Granjita Siboney, le sommeil a fini par gagner la plupart des 125 jeunes gens présents.

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Dans un geste familier, Abel Santamaría relève ses lunettes à monture d’écaille, du bout des doigts. A ses côtés, Fidel Castro relit pour la énième fois le plan de bataille. Un groupe pour attaquer le poste de garde n°3, un autre sur le toit du Palais de Justice proche, un troisième pour assurer l’arrière-garde depuis l’hôpital voisin et empêcher l’adversaire de s’en rendre maître. « Fidel, je veux être à tes côtés, quel que soit le danger ». Fidel, ému, regarde son ami. Ils ont à peu près le même âge, à quelques mois près. Mais celui qui pour l’histoire deviendra El Comandante se sent l’aîné : il aura 27 ans dans quinze jours… Abel et lui se sont connus l’année précédente et c’est dans l’appartement d’Abel, entre 25 et O, au cœur du Vedado, qu’ont eu lieu nombre de réunions des membres du Parti Orthodoxe qui, comme eux, voulaient remplacer les structures pourries du parti néocolonial de Fulgencio Batista par une république fondée sur la justice sociale.

 

« Non, répond Fidel à voix basse, pour ne pas réveiller ceux qui somnolent autour d’eux. Je prendrai la tête du groupe d’assaut, Raúl commandera le groupe du Palais de Justice. J’ai besoin de toi dans l’hôpital. Tu es l’âme de cette opération ». Abel se tait. Fidel est le chef. Il regarde Raúl qui dort à poing fermé, comme on dort quand on a 22 ans et qu’on a  un visage de gamin… « Et puis, ajoute Fidel, pense qu’il faudra protéger Yeyée ! ». Haydée – Yéyée – c’est la petite sœur, celle qui suit son grand frère où qu’il aille, quoi qu’il fasse. Elle a 21 ans… C’est presque une enfant, encore, même si ses analyses politiques sont dignes d’un militant expérimenté. Elle et sa copine Melba sommeillent sur un lit de camp, paisibles. Abel acquiesce. Il gardera l’hôpital, et veillera sur les filles.

 

Ce sont les derniers moments de calme. Dans quelques heures retentira le fracas des armes. Le plan si bien préparé va échouer pour des riens. Des voitures qui se perdent dans l’enchevêtrement des rues de Santiago, une patrouille supplémentaire à cause du carnaval, qui débouche au mauvais moment et qui fait échouer l’attaque surprise des étudiants, les 165 vieux fusils des uns contre l’armement flambant neuf qui équipait les soldats de la Caserne Moncada, un combat à 1 contre dix… Les militaires pilonnent les assaillants. De nombreux jeunes seront arrêtés. Abel Santamaria tiendra l’hôpital jusqu’au bout, protégeant la retraite de ses camarades. Peu pourront s’échapper. Les attaquants sont décimés. La plupart des autres seront arrêtés et sauvagement torturés. Ce sera  le cas d’Abel qui refusera de livrer le nom de son chef et qui sera finalement assassiné, deux jours après le début des combats.

Haydée, fidèle à l’image de ce frère adoré, ne parlera pas non plus. Même quand on lui montrera un œil arraché à Abel… Mais le 28 juillet 1980, 24 ans  jour pour jour après le drame, elle décidera de rejoindre Abel dans l’éternité.

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Il y maintenant 65 ans que le silence est retombé sur la Granjita Siboney, à peine troublé par les touristes qui viennent y saluer les ombres de ceux dont le sacrifice a permis que naisse la Révolution Cubaine. C’est à nous, aujourd’hui, que nous soyons Cubains ou simplement amis de Cuba, de faire en sorte que ce sacrifice  n’ait pas été vain.

Il ne faut plus que certains sacrifient tout parce que d’autres n’ont pas osé risquer ne serait-ce qu’un peu.

Ni à Cuba, ni chez nous.

 

Annie Arroyo

France-CUBA

A propos de l'auteur

Éloge critique de Cuba

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