Les amis cubains du président TRUMP

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Arrivée aux États-Unis des mercenaires de l’invasion avortée de la Baie des Cochons, à Playa Giron, libérés par le gouvernement révolutionnaire. Photo: Archivo

La Havane, 1er juillet – Durant l’étape de prosélytisme des élections générales de 2016 aux États-Unis, le candidat républicain a consacré l’une de ses tournées à l’État de la Floride, où il a notamment rencontré les émigrés cubains installés dans le comté de Miami-Dade, où réside la plupart des électeurs cubano-américains, siège des organisations extrémistes d’origine cubaine, qui depuis plus d’un demi-siècle ont fait appel à la violence comme moyen d’atteindre leurs objectifs politiques.

L’une d’entre elles est l’Association des anciens combattants de la Baie des Cochons [Playa Giron à Cuba], qui tire son nom de la Brigade mercenaire 2506, vaincue en avril 1961, l’attaque d’environ 1 500 Cubains, sélectionnés, formés, armés et dirigés par la CIA pour envahir leur pays d’origine s’étant soldée par un échec retentissant, avec la capture des effectifs complets en un peu plus de 66 heures. À la fin de 1962, ils furent renvoyés aux États-Unis, avides de vengeance, bien qu’à cette date ils n’aient pas été aussi bien vus par l’administration démocrate au pouvoir.

Un nouveau dilemme se présentait : Que faire d’eux ? se demandaient les politiciens de l’époque. Certains firent des propositions et les soumirent pour approbation. Le 29 décembre 1962, le président leur fit la promesse

« solennelle » de leur restituer, dans une Cuba libre, le drapeau cubain que la Brigade 2506 avait soi-disant utilisé lors de l’invasion de Playa Giron. Les deux se fourvoyaient. Ce drapeau était faux, il n’avait jamais été sur l’île, il a été confectionné pour l’occasion ; le président n’a pas respecté sa promesse non plus, et sa restitution eut lieu des années plus tard… par la poste.

Cependant, des documents secrets déclassifiés étasuniens se sont chargés de remettre chaque pièce à sa place historique et révéler ce qui s’est réellement passé.

Cette question : que faire des membres de la Brigade revenue aux États-Unis, commença à prendre forme et contenu. À la date du 25 janvier, dans le résumé de la 38e réunion du Comité exécutif du Conseil national de sécurité [1], les propositions et les avis concernant la Brigade, autrefois choyée, semblaient exprimer une réalité non dite dans le discours de bienvenue. En présence du président de la réunion, M. Cottrell, Sterling J., coordonnateur des Affaires cubaines au Département d’État, prit la parole et déclara, selon le procès-verbal de la réunion : « La recommandation porte sur notre politique envers la Brigade cubaine. Il faut dire que personne n’était en faveur de l’idée d’une Brigade comme un noyau dur et tous préconisaient un plan d’action moyen.

Environ 1 500 Cubains sélectionnés, entraînés, armés et dirigés par la CIA pour attaquer leur pays d’origine, ont vu leur aventure s’arrêter sur une défaite cuisante et la capture des effectifs complets en un peu plus de 66 heures. Photo: Archivo

« Le général Maxwell Taylor exprima ses réserves quant au fait de permettre aux membres de la Brigade d’être admissibles pour devenir membres d’une unité de réserve. Il craignait que ces unités ne se politisent. Alors que McGeorge Bundy estimait que le plan d’action proposé serait difficile à “vendre” aux membres de la Brigade.

« Le procureur général expliqua son avis en détails. Certains membres choisiraient de passer une formation militaire, alors que d’autres pourraient être utiles dans des unités des forces spéciales affectées à l’Amérique

« Selon le procureur général, les membres de la Brigade devraient être traités comme des partenaires égaux… Pour éviter qu’ils ne deviennent hostiles, nous obtiendrions beaucoup d’eux en les manœuvrant correctement. Une façon serait de leur dire honnêtement qu’à l’heure actuelle nous ne pouvons pas envahir Cuba et qu’ils peuvent… s’aquitter de missions dans d’autres pays d’Amérique latine, en tant que membres des forces spéciales…

« Le procureur général conclut en disant que les membres de la Brigade devront participer d’une certaine façon à la planification de nos actions de renseignement. Il reconnut que l’une des raisons pour lesquelles cela ne s’était pas fait jusqu’à présent, c’était à cause de la réputation des Cubains d’être incapables de garder un secret. Et M. McCone de la CIA de recommander l’utilisation de la Brigade 2506 comme une ressource, en travaillant de préférence avec ses membres de façon individuelle ».

Ce résumé démontre l’opinion que les principaux collaborateurs du président de l’époque avaient sur la Brigade 2506 et ses membres. Plus tard, d’autres avis prouvèrent le sentiment qui prévalait à l’égard des mercenaires.

Le 24 janvier 1963, la réunion du Comité exécutif du Conseil national de Sécurité eut lieu pour examiner un mémorandum envoyé par le coordonnateur des Affaires cubaines, avec un seul thème: la Brigade cubaine.

Trois plans d’action furent proposés : Premièrement, faire en sorte que la brigade soit démantelée en tant qu’une unité militaire sans assistance spéciale supplémentaire des États-Unis. Cette option avait pour évaluation : « Ce plan d’action serait le moyen le plus économique et simple de nous débarrasser du problème. »

La deuxième : « Entraîner la Brigade et les Cubains comme une unité. Les maintenir et les soutenir en tant que composante de la réserve militaire des Forces armées étasuniennes. »

À ce sujet, il était signalé : « Cependant, inévitablement … il serait difficile de maintenir à long terme le moral, la discipline et l’état d’esprit sans l’objectif initial de retourner à Cuba. Incorporer des groupes étrangers organisés au sein de la réserve des Forces armées des États-Unis pourrait susciter une critique politique et militaire nationale. Le risque existe qu’un acte impulsif et irrationnel des membres de la Brigade, en tant que membres des forces réserves étasuniennes, soit la source de problèmes graves pour les États-Unis ».

La troisième et dernière proposition : « … un programme militaire et civil pour les membres de la Brigade. L’encourager à continuer en tant qu’une unité fraternelle ».

En accord avec le véritable objectif de l’administration Kennedy, cette variante permettait de : « … disperser géographiquement les membres de la Brigade vers différentes activités, en la démantelant efficacement en tant qu’unité. » À propos de cette proposition, le coordonnateur écrivit : « Je recommande la proposition 3, un programme spécialement conçu pour les membres de la Brigade. »

Et d’ajouter : « Je recommande d’encourager la Brigade à accepter cette proposition … dans le cas où ce plan d’action serait adopté. En raison de la non utilisation immédiate de la Brigade à des fins militaires, nous devons la démanteler en tant que telle. »

Point d’orgue de son avis : « Nous devons leur offrir une sorte d’aide spéciale, mais pas au point qu’ils deviennent une classe privilégiée à perpétuité au sein de la communauté. » C’est ainsi que fut conçu la fin de la Brigade 2506, qui devint plus tard l’Association des anciens combattants de la Baie des Cochons.

Le deuxième semestre de 2016 avance et les derniers préparatifs pour les élections générales aux États-Unis s’achèvent.

Le dimanche 24 avril, l’ancienne Brigade 2506 avait tenu, comme tous les deux ans, ses élections pour renouveler son Comité directeur.

Plusieurs candidats étaient en lice, et c’est Humberto Diaz-Arguelles qui fut élu président, sur une liste où apparaissaient également Aurelio Pérez Lugones, diplômé de Fort Benning et d’autres mercenaires, conseillés, entre autres, par le tortionnaire de la dictature de Fulgencio Batista, José Ramon Conte Hernandez, alias « El Chama ».

Le mardi 25 octobre, l’Association des anciens combattants recevait la visite du candidat présidentiel républicain Donald Trump. Pour le féliciter, le Comité directeur, pour la première fois de son histoire, décida d’annoncer publiquement leur soutien à un candidat à la Maison-Blanche.

À propos de cette rencontre, le nouveau président des vieux mercenaires a déclaré : « Notre décision était évidente », « Les valeurs de M. Trump et son agenda politique sont beaucoup plus alignés sur les nôtres que l’agenda progressiste et socialiste d’Hillary Clinton ou des démocrates.

Tous les mercenaires ont fait allégeance au candidat républicain, qui a déclaré: « Au peuple cubain, nous, nous savons ce que nous devons faire et ce que nous allons faire. Aussi, ne vous inquiétez pas. »

À cet instant, il ne s’est pas souvenu que l’administration Kennedy avait était confrontée dans les premiers jours du mois d’avril 1961, au dilemme « que faire de la Brigade 2506 ? », lorsque le Président déclara, comme le nota le contre-révolutionnaire Enrique Ros Pérez dans son livre Giron. The True Story [2] : « Nous devons nous débarrasser de ces hommes. Il vaut beaucoup mieux les jeter à Cuba qu’aux États-Unis. Surtout si c’est là-bas où ils veulent aller ». Le président avait donné une solution à ce dilemme.

* Chercheur au Centre de recherches historiques de la Sécurité de l’État

[1] Bibliothèque Kennedy, Archives de la Sécurité nationale, Séries de réunions et mémorandum, Comité exécutif, Réunions, Vol. IV, 38-42. Top Secret ; Sensible. Ce registre constitue la Partie I; la Partie II traite de la la politique europénne.

[2] Voir Enrique Ros Pérez, « Giron. The True Story », Ediciones Universal, Miami, Florida, 1994 p. 217. •

[1] Biblioteca Kennedy, Archivos de la Seguridad Nacional, Series de Reuniones y Memorando, Comité Ejecutivo, Reuniones, Vol. IV, 38-42. Muy Secreto; Sensible. Este registro es la Parte I; la Parte II se refiere a la política europea.

[2] Véase Enrique Ros Pérez, Girón. La Verdadera Historia, Ediciones Universal, Miami, Florida, 1994 p. 217

Source: Granma International

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