Le sportif d’origine cubaine qui a gagné la médaille d’argent du 110 m haies pour l’Espagne se fait traiter de « gusano(1) »

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traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

L’acteur Guillermo Toledo2 s’est à nouveau fait remarquer en critiquant durement l’athlète espagnol d’origine cubaine Orlando Ortega qui a gagné la médaille d’argent aux 110 m haies aux Jeux de Río 2016.

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Il a dit : « Il m’ont donné le drapeau de Cuba mais je cherchais celui de l’Espagne comme un fou. »

De cette façon, le Cubain répudiait le pays qui l’a nourri, élevé, éduqué et entraîné pour arriver aux Jeux Olympiques. Toledo a écrit sur sa page Facebook : « C’est un « gusano » mais c’est aussi un pauvre type et je ne lui souhaite pas dans l’absolu, tout le mal que se chargeront de lui faire cette Espagne misérable et ses misérables « autorités » quand il cessera de gagner des médailles. »

La première question est de savoir jusqu’à quel point il est critiquable ou blâmable qu’une personne abandonne son pays pour améliorer ses conditions de vie. Apparemment, il semble licite et digne de pouvoir le faire mais il faut réfléchir aux détails. Premièrement, demandons-nous si la vocation et le développement professionnel, artistique ou sportif de cette personne peut continuer à se développer dans son pays. Un ingénieur qui n’a pas de travail en Espagne ou à Cuba, il est raisonnable qu’il veuille aller à l’étranger sans qu’il doive être critiqué pour cela. Deuxièmement, quel rôle a joué le pays d’origine dans la formation et la qualification de la personne qui l’abandonne. Plus qu’au pays, nous faisons allusion à l’Etat, aux ressources publiques provenant du sacrifice des citoyens consacrées au développement de ce professionnel, nous faisons allusion aux compatriotes qui travaillent et apportent des ressources publiques avec lesquelles il pourrait améliorer sa qualification sans rien produire encore. Enfin, il vaut la peine d’observer quel est le critère d’acceptation des « émigrants », des « dissidents » ou des « réfugiés » dans le pays qui le reçoit.

Maintenant, voyons le cas du Cubain Orlando Ortega. Evidemment, il aurait pu continuer à se consacrer au sport dans son pays, sa subsistance et celle de sa famille étaient garanties mais il a préféré abandonner la sélection de Cuba en profitant d’un mondial à Moscou. Ce n’est pas comme l’ingénieur ou le médecin espagnol qui ne trouve pas de travail en Espagne et doit se rendre en Allemagne pour exercer sa profession. Ou comme le maître qui ne peut pas survivre au Sénégal et doit prendre une barque pour tenter de gagner l’Europe.

En ce qui concerne le rôle de l’Etat cubain, Ortega a été formé et entraîné non pas grâce à l’argent et aux ressources de sa famille qui l’a inscrit dans une école d’athlétisme de haut niveau comme aux Etats-Unis mais grâce à la solidarité du peuple cubain duquel vient la couverture de toutes ses dépenses et de son entretien pendant qu’il s’entraîne. C’est comme ce professionnel qui consacre des années et des années à se former grâce aux impôts de ses concitoyens qui travaillent tandis que lui ne produit rien parce qu’il étudie. Il est évident qu’il acquiert une dette générationnelle envers toutes ces personnes et qu’en toute justice, il devrait payer quand sa formation se termine et qu’il arrive au moment de travailler. Peut-être ne devrait-il pas collaborer à la pension et à la fierté nationale de ces vieux qui travaillaient pour qu’il puisse étudier ou dans le cas d’ Ortega, s’entraîner ? Ce n’est pas un sujet éloigné du marché et de de la libre entreprise. Beaucoup de corporations interdisent d’exercer la profession en dehors d’elles pendant quelques années si elles ont consacré d’énormes ressources à te donner une qualification. Comme on le sait, les footballers ne peuvent partir dans un autre club si auparavant, on n’indemnise pas l’équipe qu’il abandonne et qui l’a formé. Cela se produit dans beaucoup d’autres professions : les pilotes formés dans l’armée ne peuvent passer quand ils le désirent à l’aviation civile tant qu’ils n’ont pas travaillé un certain nombre d’années dans l’armée en paiement de la formation reçue.

Et nous arrivons à la dernière question : Un pays qui accueille à bras ouverts un sportif olympique d’une autre nation mais ferme la porte à ceux qui ne le sont pas, à ceux qui fuient la guerre ou enferme des mineurs sans papiers dans des centres d’internement parce qu’il ne veut pas leur donner l’autorisation de résidence est-il un pays convenable ? Si Orlando Ortega avait voulu venir dans 20 ans, quand il ne gagnera plus de médailles, les autorités espagnoles l’auraient-elles accepté ? Et les parents d’ Ortega, peut-être des retraités octogénaires, le gouvernement espagnol leur aurait-il accordé l’autorisation de résidence ?

Certaines critiques adressées à Willy Toledo concernaient la forme plus que le fond, disant que le terme « gusano » n’était ps conforme au respect que toute personne mérite. Ils ignorent qu’à Cuba, on a l’habitude de traiter de « gusano » toute personne qui abandonne l’île et renie les principes de la Révolution Cubaine. Ce n’est pas un compliment , évidemment, mais ce n’est pas non plus perçu comme en Espagne. C’est comme quand dans notre pays, on dit « facho » pour quelqu’un de droite ou « rouge » pour quelqu’un de gauche. On l’appelle ainsi avec une intention péjorative mais c’est relativement accepté. De peu, peu de gens connaissent l’origine de l’utilisation du terme « gusano ». Il s’agit, ni plus ni moins, que d’une idée de la centrale de renseignement états-unienne, la CIA, qui a choisi le terme « gusano » comme symbole de la subversion contre-révolutionnaire et qui a imprimé des milliers de petits dessins sous forme de bandes dessinées et les a distribués à Cuba, à l’époque où la radio La Voz de Cuba Libre émettait depuis les Etats-Unis.

Enfin, pensons un moment à la réaction des administrateurs de Facebook qui ont fermé temporairement la page de Willy Toledo même si ensuite, sous la pression de différents secteurs sociaux selon l’acteur lui-même, ils se sont rétractés. La prédominance que certaines entreprises possèdent sur les principaux réseaux sociaux et le caractère privé de ceux-ci qui ne les soumet à aucune mesure d’intérêt public et a laissé la liberté d’expression aux mains de ces grandes firmes sans que personne n’ose exiger d’elles le respect de cette liberté. Comme ce sont des entreprises privées, il semble qu’elle peuvent censurer. Encore une fois, le marché avant les libertés. Curieusement, ceux qui crient pour la liberté d’expression quand il s’agit de se ruer sur un gouvernement acceptent qu’on s’écrase quand il s’agit du secteur des entreprises. Le néolibéralisme a appris que la meilleure façon d’appliquer la censure et les restrictions, c’est d’abandonner le secteur public qui devra garantir une information plurielle et libre et de le transférer au secteur privé qui, selon les critères de l’économie libérale, n’est obligé à aucun engagement envers les libertés et peut mettre en pratique n’importe quelle violation de ces libertés qu’on ne permettrait ni aux gouvernements ni aux Etats.

Beaucoup des personnes bien intentionnées qui ont sauté au plafond à cause de l’utilisation du mot « gusano » par Willy Toledo n’ont pas perçu la censure de Facebook qui est une chose qui peut éventuellement nous toucher tous et affecter notre système de libertés.

En conclusion. Certains qui semblent ne faire que courir peuvent être plus ingrats que ce qu’il semblent, certains qui semblent insulter disent la vérité et certains qui semblent ne rien faire parce qu’ils sont seulement un réseau social portent atteinte à la liberté d’expression.

(Extrait de El Jueves)

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/opinion/2016/08/28/willy-toledo-facebook-y-los-gusanos/#.V8Pb1YSGcRE

 

A propos de l'auteur

fidel39

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