La Havane répond à Trump

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Trump-Cubab

À rebours des mesures prises sous Obama pour normaliser les relations, le président américain durcit les conditions du blocus.

Par Rémy Herrera ( Chercheur au CNRS).

«Toute stratégie visant à changer le système politique, économique et social à Cuba, quelle qu’elle soit, qu’elle prétende y parvenir par des pressions et diktats ou par des méthodes plus subtiles, est vouée à l’échec. Les changements nécessaires à Cuba, comme ceux réalisés depuis 1959, ou que nous mettons en œuvre aujourd’hui dans le cadre du processus d’actualisation de notre modèle socio-économique continueront d’être décidés de façon souveraine par le peuple cubain. À l’image de ce que nous avons fait depuis le triomphe de la révolution le 1er janvier 1959, nous en assumerons les risques, et resterons fermes et sûrs de nous dans la construction d’une nation souveraine, indépendante, socialiste, démocratique, prospère et soutenable ».

C’est ainsi que le gouvernement cubain a conclu sa déclaration du16 juin 2017, diffusée par l’organe officiel Granma, faisant suite à l’ordre présidentiel signé quelques minutes plus tôt par le président Trump. Ce dernier, en fâcheuse posture depuis son entrée en fonction, contesté à l’intérieur par une opposition qui ne faiblit pas, critiqué de toutes parts à l’extérieur, notamment pour ses politiques migratoire et environnementale méprisant l’humanité, a jeté le dossier cubain en pâture aux franges les plus viles et haineuses de son électorat.

« J’annule en totalité l’accord bilatéral du gouvernement précédent, comme promis pendant ma campagne»,lança-t-il à Miami, devant un parterre de républicains ultraréactionnaires emmenés par Marco Rubio (sénateur), Mario Díaz-Balart (congressiste) et Rick Scott (gouverneur de la Floride). Et, bien sûr, des exilés cubains d’extrême droite fanatiques et assoiffés de sanctions. Allant à l’encontre des mesures prises par l’administration Obama pour avancer dans la voie de la normalisation, le Mémorandum présidentiel de sécurité nationale sur le renforcement de la poltique des États-Unis envers Cuba prévoit le durcissement des actions étasuniennes à l’Onu contre la levée du blocus, des restrictions aux voyages à destination de l’île et de fortes limitations aux activités économiques menées avec des entreprises liées aux Forces armées révolutionnaires cubaines. Ce dispositif entend frapper les moteurs de l’économie socialiste, et spécialementl es entités du conglomérat Grupo de Administración Empresarial S.A(GAESA), au nombre desquelles figurent Gaviota (tourisme), Antex (agence des joint-ventures), Cimex (import/export), Ausa (port de Mariel), mais aussi des entreprises des secteurs énergétique, industriel, immobilier, bancaire, et même agricole ou technologique. Imposé unilatéralement, sous l’influence d’une minorité plongée dans un obscurantisme d’un autre âge, contre l’opinion d’une majorité de citoyens étasuniens en quête de relations apaisées avec Cuba, ce revirement brutal a soulevé une vague de protestations dans le camp démocrate et le monde des affaires aux États-Unis (à commencer par la chaîne hôtelière Starwood, qui a inauguré un Sheraton à Cuba il y a à peine un an).

Les condamnations sont venues de partout: des présidences du Canada, du Venezuela, de la Bolivie, du ministère des Affaires étrangères russe, du gouvernement de la Belgique… Ont également convergé vers La Havane, de tous les continents, d’innombrables marques de sympathie et de solidarité à l’égard de la révolution, comme chaque fois qu’elle est attaquée. La réponse de Cuba fut tout à fait claire: « Ces nouvelles mesures visant à durcir le blocus ne parviendront pas à affaiblir la Révolution ni à faire plier le peuple cubain qui a fait la preuve, en quasi 60 ans, de sa capacité de résistance aux agressions de quelque type qu’elles soient.» Et d’ajouter: « Nous refusons le deux poids deux mesures surl a question des droits de l’homme. Le peuple cubain jouit de libertés et droits fondamentaux, et s’enorgueillit d’acquis qui restent un rêve dans bien des pays,même aux États-Unis (santé, éducation,égalité hommes-femmes, droits de l’en-fant, paix…). Il contribue à améliorer les droits de l’homme en maints endroits du monde, malgré ses modestes ressources et le blocus. Les États-Unis ne sont pas en droit de nous faire la leçon.[…]. Nous réitérons notre volonté de poursuivre un dialogue respectueux afin de négocier le contentieux bilatéral avec le gouvernement étasunien. Cuba ne renoncera jamais à ses principes.»

 

Article publié dans le numéro de juillet de la revue « Jeune Afrique »

URL de cet article:

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/07/cuba-la-havane-repond-a-trump.html

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