Ce n’est pas le FMI qui impose ses règles mais La Havane

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Cuba. Juan Carlos Marsan « Ce n’est pas le FMI qui impose ses règles mais La Havane »

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe
Mercredi, 3 Août, 2016
L’Humanité

Juan Carlos Marsan est membre du comité central du Parti communiste de Cuba. Il revient sur le sens des réformes économiques et sur le processus de normalisation des relations de la Grande Île avec les États-Unis.

En avril dernier, le VIIe congrès du Parti communiste de Cuba a procédé à une évaluation des réformes économiques structurelles initiées en 2011. Quel en est le bilan ?

Juan Carlos Marsan Depuis 2011, le travail mené a été intense. Un travail « sans se presser mais sans pause », selon l’expression de notre président, Raul Castro. Concernant la production alimentaire, qui est l’une des batailles fondamentales, nous avons entrepris une réorganisation de la terre avec la distribution en usufruit d’un million d’hectares à plus de 200 000 familles. La production a augmenté, en moyenne, entre 6 et 8 % par an. Mais nous sommes encore loin de pouvoir couvrir les besoins de la population cubaine. L’autre transformation importante concerne l’emploi non étatique, où travaillent désormais plus de 1,5 million de Cubains. Il s’agit de PME reconnues comme de petites propriétés privées. Elles sont complémentaires aux efforts de l’État pour développer le pays. La création d’emplois génère des impôts qui sont versés à l’État et qui contribuent au socialisme cubain. Nous avons réagencé les structures de l’État dans son ensemble, en réduisant le nombre de ministères et les niveaux de direction entre les institutions. Nous travaillons à la séparation des fonctions de l’État et des administrations. Les avancées ont été soutenues mais les défis de l’économie restent nombreux.

Certains s’inquiètent d’une évolution économique qui pourrait remettre en cause le système politique.

Juan Carlos Marsan Le modèle cubain est et restera socialiste. Les biens fondamentaux de production comme les grandes industries, le tourisme, les biotechnologies, le nickel, le gaz, le pétrole, les télécommunications continueront d’appartenir à l’État. La gageure est de rendre efficaces et productifs ces secteurs. L’industrie cubaine est décapitalisée. Sa technologie est obsolète ; elle subit les conséquences du blocus, de la crise financière internationale et du manque de crédits. L’investissement étranger va jouer également un rôle important dans l’économie cubaine. Dans certains secteurs, il sera complémentaire et, dans d’autres, il sera fondamental.

Ces investissements étrangers, indispensables à l’économie cubaine, ne risquent-ils pas, là encore, de dénaturer le modèle cubain ?

Juan Carlos Marsan Nous avons adopté une loi relative à l’investissement étranger, en 2013, qui garantit de nouvelles facilités pour le capital étranger et pas seulement privé puisqu’elle concerne également des gouvernements. Cette loi, qui assouplit, par exemple, les modalités de paiement des impôts, établit également des conditions. Cuba ne vend pas la propriété. Lorsque nous parlons d’investissements étrangers, il ne s’agit pas pour nous de brader la terre ou des propriétés. L’État cubain est un administrateur de biens qui appartiennent au peuple cubain. Les droits des travailleurs tels que la syndicalisation ou la participation syndicale dans les conseils de direction, le droit aux vacances sont garantis. Les investissements étrangers doivent être respectueux de l’environnement. Ils doivent générer de l’emploi et de nouvelles technologies. Ce n’est ni le FMI ni la Banque mondiale qui établissent les règles de l’investissement étranger. C’est Cuba qui pose ses propres conditions. L’investissement étranger est important mais la préservation de notre système également. Il n’est pas antagonique avec le système social.

Cuba et les États-Unis ont rétabli leurs relations diplomatiques en 2014. Peut-on pour autant parler de normalisation ?

Juan Carlos Marsan Le rétablissement des relations bilatérales est positif ainsi que les avancées enregistrées depuis. Mais ce processus sera lent parce qu’il y a encore beaucoup trop d’obstacles. Le blocus est toujours en vigueur. Cuba ne peut utiliser le dollar pour ses transactions internationales. Les citoyens américains ne peuvent visiter notre pays en tant que touristes. Tant que la base de Guantanamo, territoire illégalement occupé par les États-Unis, ne sera pas restituée à Cuba, il n’y aura pas de normalisation. Le gouvernement des États-Unis doit également cesser d’appuyer les actions subversives contre notre pays. Enfin, le peuple cubain doit être dédommagé pour les pertes occasionnées depuis cinquante-cinq ans par la politique de blocus menée par onze administrations consécutives. Mais les pertes humaines, elles, ne pourront jamais être remplacées. Un premier travail a été réalisé. Chaque partie a exposé son point de vue. Les États-Unis réclament une compensation pour les nationalisations des entreprises menées par Cuba dans les années 1960. Il faut savoir différencier l’image vendue par Washington et la réalité. La réalité est que le blocus existe toujours. L’actuelle administration américaine et celle à venir doivent faire des gestes significatifs pour tendre à la normalisation. Mais ce processus a beaucoup de détracteurs à l’intérieur des États-Unis, surtout l’extrême droite cubaine qui a un poids significatif au sein du Congrès.

http://www.humanite.fr/cuba-juan-carlos-marsan-ce-nest-pas-le-fmi-qui-impose-ses-regles-mais-la-havane-613025

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