Agir pour assainir l’environnement

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D’importants investissements ont été réalisés dans l’industrie sucrière pour réduire les dommages causés durant des siècles par les déversements des eaux usées

Après traitement, les eaux résiduelles des usines sucrières et des distilleries sont utilisées dans l’irrigation et ont permis d’accroître le rendement des plantations de canne à sucre.

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L’asperseur diffuse des gouttelettes d’un liquide sombre à forte odeur, bien différent de l’eau cristalline employée dans l’irrigation traditionnelle. Depuis l’usine de biogaz de la distillerie « Heriberto Duquesne », dans la province de Villa Clara, ce liquide est acheminé par camions citernes. Des turbines sont connectées au système d’irrigation et, au loin, ce mélange de vinasse (résidus de mélasse) et d’eaux usées sert d’engrais naturel pour fertiliser les plantations de canne à sucre.

« Auparavant, des volumes considérables de ces déchets étaient directement déversés dans les bassins hydrographiques Guani et Managuimba. La distillerie d’alcool en génère en moyenne de 800 à 900 mètres cubes par jour, avec une charge organique qui oscillait entre 40 à 60 milligrammes par litre, si bien qu’il faut une grande quantité d’oxygène pour obtenir des eaux réutilisables et susceptibles d’être rejetées dans une source fluviale », a expliqué l’ingénieur Ramon Santos Diaz, directeur de cette entité.

Aussi bien la distillerie que la sucrerie du même nom ont fait l’objet de plusieurs modifications technologiques pour améliorer le rendement et réduire la pollution, et il est prévu cette année de commencer la construction du système de canalisation qui servira à l’acheminement des eaux usées pour l’irrigation de plus de 500 hectares de canne à sucre.

« Il reste encore un ouvrage à exécuter pour compléter le système de traitement : la canalisation acheminant les déchets liquides vers le Bassin sud, ce qui permettra d’utiliser la totalité des déchets traités comme engrais pour les cultures et ainsi tourner la page sombre de l’histoire de la distillerie Heriberto Duquesne, jadis considérée comme la principale source de pollution des écosystèmes de la province de Villa Clara », a expliqué Ramon Santos.

Le recyclage de ces déchets permettra de donner une valeur ajoutée à un produit jusqu’ici considéré comme nocif et d’accroître les rendements des plantations de canne à sucre, une expérience qui est étendue au reste des usines sucrières du pays.

LUTTER CONTRE LA POLLUTION

Le secteur sucrier est l’un des plus gros émetteurs de charge polluante du pays, aussi bien en raison de l’agressivité des déchets que du nombre d’usines qui les produisent : 56 usines sucrières, 11 distilleries et 4 usines de levures torula, qui chaque année émettent en moyenne environ 10 millions de mètres cubes de déchets, un volume qui suffirait à pratiquer cinq arrosages – selon les normes de consommation par type de sol – sur quelque 2 800 hectares pendant la zafra, la récolte de la canne à sucre.

Dans ce domaine, l’impact des actions humaines sur les écosystèmes est marqué par des siècles de pratiques traditionnelles, car depuis des époques bien reculées la canne fut la principale activité agricole des populations, jusqu’à ce Cuba devienne un pays monoproducteur de sucre. Cette étape a été suivie par le développement de l’élevage, de la culture du café et des cultures variées. Aujourd’hui, le pays continuer d’impulser et de développer une dynamique axée sur la diversification des cultures dans le but de relancer la production de denrées alimentaires et de produits agricoles.

En 2007, le Groupe d’entreprises AzCuba a mis en œuvre des procédés, systèmes et installations intégrés de traitement de déchets depuis l’intérieur de chaque usine (désagrégation des déchets solides, rétention des matières grasses, traitement des eaux usées, neutralisation des acides, transformation de la potasse, etc.), ainsi que des mesures visant à améliorer l’efficacité dans la gestion et l’utilisation de l’eau, accompagnées d’autres travaux d’aménagement comme la réfection des sols, la réparation des canaux d’écoulement, installation ou remplacement de matériel d’instrumentation et de débitmètres, installation d’un réseau de canalisations souterraines raccordé aux stations de dépollution (beaucoup sont à construire), et s’achève par l’utilisation de ces liquides pour fertiliser les plantations de canne à sucre.

À ce jour, 57 sur 71 foyers de pollution de l’industrie sucrière sont concernés par ces mesures de prévention et de contrôle. Lors de la dernière récolte sucrière, 28 usines ont pu destiner leurs eaux résiduelles à l’irrigation fertilisante (elles contiennent une haute teneur en potassium et en phosphore, ce qui signifie qu’elle doivent faire l’objet d’un contrôle afin de pouvoir obtenir l’effet souhaité).

« L’industrie sucrière a identifié ses principaux pollueurs et mesuré les impacts environnementaux. Il existe un programme de développement pour accompagner tous ces efforts, mais malgré les progrès réalisés, les résultats escomptés n’ont pas encore été atteints », a indiqué l’ingénieur Victor Tejeda Marrero, spécialiste du Groupe d’entreprises AzCuba.

LA COMBUSTION DE LA BAGASSE RÉDUIT LES ÉMISSIONS DE CO2

Les usines sucrières et les distilleries ont diminué leurs émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère – dues à la combustion de combustibles fossiles –, grâce à la production d’énergie à partir de la biomasse. Les sucreries utilisent la bagasse pour produire de l’électricité, et même si elles doivent encore progresser sur le plan de l’efficience pendant les récoltes, ce secteur assure son autosuffisance pendant les récoltes et affecte ses excédents au Système électro-énergétique national.

Elles n’utilisent du fuel qu’en cas de manque de bagasse ou lorsqu’elles sont confrontées à un problème industriel. Le programme d’investissements vise donc à mieux saisir les besoins et améliorer l’efficience industrielle : augmenter la production de sucre, d’alcool, d’électricité et de vapeur, et réduire l’impact environnemental.

« Toute cette stratégie de modernisation comporte également la construction de centrales bioélectriques pour produire de l’électricité à partir de la bagasse et du marabout (une plante très envahissante et nuisible). Des études de faisabilité ont été réalisées, et des tests sont en cours dans plusieurs usines sucrières. Les perspectives sont encourageantes », a-t-il ajouté.

Victor Tejeda a souligné que « l’environnement est un domaine très large, et pour assurer sa protection nous comptons sur la collaboration et l’assistance de plusieurs organismes importants comme le ministère de la Science, de la Technologie et de l’Environnement et de l’Institut national des ressources hydrauliques, entre autres. Azcuba joue un rôle important dans la préservation et la revalorisation des écosystèmes, et l’impact des solutions découlant de ce programme visant à éviter le déversement des déchets en mer seront bénéfiques pour la faune et la flore », a-t-il dit.

« Nous ne pouvons pas nous habituer à coexister avec les effets nuisibles provoqués par notre secteur, il nous faut redoubler d’efforts pour obtenir la plus grande efficience possible des importants investissements consentis par notre pays pour l’acquisition du matériel nécessaire au réaménagement et à la modernisation des installations, et qui nous permettront de diminuer nos importations », a signalé l’ingénieur Ramon Santos.

UNE ÉNERGIE PROPRE ET DURABLE POUR LES FOYERS

Un parcours dans plusieurs usines sucrières et distilleries du pays a permis de mesurer les efforts déployés par le groupe AzCuba pour accélérer l’exécution des travaux et entamer la récolte 2015-2016 dans de meilleures conditions environnementales. La construction d’usines de traitement de déchet est accompagnée d’actions de sensibilisation et de formation.

La sucrerie Melanio Hernandez, de Sancti Spiritus, qui jusqu’il y a peu était considérée comme l’un des principaux pollueurs dans cette province, a résolu une partie du problème grâce à la mise en place de techniques de séparation par évaporation automatisés qui permettent de récupérer des eaux réutilisables dans l’industrie, a expliqué Rodolfo Pérez Arteaga, responsable du Groupe technique de cette usine sucrière.

« Il y a déjà 17 ans que les eaux usées sont utilisées pour l’irrigation fertilisante de la canne à sucre. À présent, nous veillons à ne pas saturer les sols, car ces terrains sont situées dans le bassin de la rivière Zaza, qui alimente en eau d’importantes populations, le bétail et les cultures », a indiqué quant à lui Oscar de la Cruz, directeur de l’Entreprise chargée de la prise en charge des producteurs sucriers.

Même si les paysans vivant dans la partie sud de la sucrerie Hector Molina, à Mayabeque, déplorent les pertes des affluents de l’usine qui sillonnaient une vaste frange jusqu’au littoral, où la pêche était particulièrement fructueuse et ils employaient ces eaux comme engrais, les ouvrages entrepris ont permis de contrer la pollution silencieuse qui, des siècles durant, avait sérieusement dégradé les écosystèmes de la province.

Nombre des nouveaux ouvrages ont contribué à rationaliser et humaniser le travail, grâce notamment à l’automatisation des systèmes de pompage de la distillation, de repompage des eaux résiduelles, de distillation et de la génération de vapeur.

Détail intéressant, l’usine de traitement de déchets Heriberto Dusuqesne, la seule en son genre dans le pays, fournit du biogaz qui sert de carburant non seulement pour les deux usines mais aussi pour les cuisines d’une quarantaine de foyers d’une communauté environnante. Un exemple qui justifie n’importe quel investissement puisqu’il est amorti à court terme et permet d’obtenir un bénéfice social élevé.

Par Ana Margarita Gonzalez

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