Paris le 8 janvier 2010,

M. le Président,

C’est avec stupeur et colère que nous venons d’apprendre que vos services ont inclus Cuba dans la liste noire des 14 pays à risque terroriste ou soutenant le terrorisme.


Stupeur d’abord, car s’il est un pays dont le pacifisme n’a pu être pris en défaut depuis 50 ans, c’est bien Cuba. Et vous le savez mieux que tout autre. Colère ensuite, car M. le Prix Nobel de la Paix, comment osez-vous accuser ce pays de suppôt du terrorisme international quand les innombrables actions terroristes et criminelles de toutes sortes¹ qu’il subit depuis l’avènement de sa révolution ont été fomentées par votre pays ou sont venues de votre territoire et qu’en même temps pas une seule initiative hostile n’a été menée par Cuba à l’encontre de votre pays ou d’un autre.


Votre décision pourrait être seulement taxée d’ubuesque si ne s’y ajoutait cette part de vengeance pernicieuse née d’un fort ressentiment à l’égard d’un pays que vous n’avez jamais pu soumettre. Aussi cette classification ressemble-t-elle à s’y méprendre à un nouvel acte hostile contre Cuba! Si on y ajoute la continuation d’un blocus inique condamné tant de fois à la quasi-unanimité du Monde, si on y ajoute l’insupportable injustice que représente l’embastillement des Cinq cubains alors qu’ils n’ont fait, avec loyauté, que dénoncer la préparation d’attentats terroristes contre les leurs à partir de votre territoire, qui donc terrorise l’autre M. le Président ?


Ce n’est certes pas à cela que nous nous attendions lorsque nous nous réjouissions de votre élection. Mais aujourd’hui le constat est particulièrement amer : plus votre mandat de Président des E-U s’étire, plus votre attitude envers Cuba se confond avec celle de votre prédécesseur et plus vos décisions se heurtent à l’incompréhension du Monde. Nous ne voulons pas croire que vous êtes à ce point aveuglé pour ne pas vous rendre compte que cette décision diabolique réduit encore votre crédibilité, celle-là même que vous avez fait naître pendant votre campagne électorale, dans les cœurs de tous les peuples de la planète en faveur d’un monde meilleur.


Nous exigeons, au nom de nos concitoyens :
- Que vous reveniez sur votre décision sans fondement et choquante d’inclure Cuba, un pays pacifiste et internationaliste, dans votre sinistre liste,
- Que vous stoppiez le blocus criminel et absurde que vous perpétuez contre lui,
- Que vous libériez sans condition et immédiatement ses cinq ressortissants innocents qui croupissent depuis plus de 11 ans dans vos prisons.

Arrêtez ce bras vengeur dont les motivations ne reposent que sur l’intolérance et la haine, cessez cette vision rétrograde d’un monde unipolaire qui avilit les peuples, et n’oubliez pas que « l’homme n’est rien d’autre que la série de ses actes »².


Bonne année M. le Président,

Vive Cuba Libre !

Charly BOUHANA
Cuba Si France


¹ Rappels (extraits d’ « Un demi-siècle de terrorisme étatsunien contre Cuba »de Salim LAMRANI)
Terrorisme international et Actes de sabotage économique
Les documents officiels des États-Unis désormais déclassifiés montrent qu’entre 1959 et 1997, les États-Unis ont réalisé 5780 actions terroristes contre Cuba. 804 sont des actes terroristes d’envergure, dont 78 bombardements contre la population provoquant des milliers de victimes. Les attentats terroristes contre Cuba ont coûté la vie à 3478 Cubains et ont paralysé à vie 2099 personnes.
Entre 1959 et 2003, il y a eu 61 séquestrations d’avions et de bateaux.
Entre 1961 et 1996, 58 attaques à partir d’embarcations maritimes ont touché 67 objectifs économiques et la population.
La CIA a dirigé et soutenu 299 groupes paramilitaires constitués de 4000 individus. Ils sont responsables de 549 assassinats et ont fait des milliers de blessés.
En 1971, l’agression biologique a causé la destruction d’un demi-million de porcs. En 1981, l’introduction de la dengue hémorragique a fait 344 203 victimes, 158 décès dont 101 enfants. Le 6 juillet 1982, 11 400 personnes ont été touchées en un seul jour.
La grande majorité de ces agressions étaient préparées en Floride par l’extrême droite d’origine cubaine organisée et financée par la CIA.
Impunité pour les terroristes
Luis Posada Carriles [2], que le FBI considère comme « le pire terroriste de l’hémisphère », jouit d’une grande impunité. Il est actuellement protégé par l’administration Bush alors qu’il est responsable de nombreux attentats. Le Venezuela exige toujours son extradition. Il est notamment l’auteur du sanglant attentat de Barbade contre un avion civil en octobre 1976 qui a coûté la vie à 73 personnes.
Orlando Bosh, autre terroriste notoire est responsable de dizaines d’assassinats. Le 23 juin 1989, le Département de la Justice a déclaré dans un rapport que la présence de Bosh aux États-Unis était inadmissible. Quelque temps plus tard, après que la justice ait lourdement condamné Bosh pour terrorisme, il a été gracié par le président Bush père. Actuellement, il se promène tranquillement à Miami et apparaît dans divers médias dans lesquels il déclare qu’il prépare toujours des attentats contre Cuba.

² G-W-F. Hegel